05 NOVEMBRE 29 NOVEMBRE 2015
>
 ÉDITO

Avec cette édition « Unifocale », le festival change de rythme et prend une direction différente. Sa spécificité ? Elle se concentre sur l’œuvre d’un artiste unique et aura lieu tous les deux ans.

Une telle édition nous semblait nécessaire car il existe des travaux d’ampleur sur la Guyane dont la conservation est menacée. Pourtant, chacun d’eux est important, essentiel même, pour la constitution d’une mémoire photographique dans notre région.

La production de Vano Coupra, dont nous savions qu’elle se détériorait progressivement, nous a décidé à nous atteler à une tâche minutieuse, ingrate parfois : celle de la numérisation d’un patrimoine précieux, voué à la disparition si nous ne prenions pas les dispositions qui s’imposaient.

 

Les photographies de Vano ont cela de particulier qu’elles révèlent l’histoire à la fois proche et lointaine de notre territoire, surtout aux alentours de Cayenne, surtout dans la société créole. Ces clichés, revêtus de visages familiers, sont habités de coutumes qui, si elles ne sont pas si anciennes, changent aussi vite que ne court la démographie en Guyane. D’une certaine manière, les photographies de Vano constituent un album de famille élargie, retraçant des années révolues depuis peu.

L’exploration de son travail a été laborieuse. Les épreuves, souvent en mauvais état, n’ont pas toutes pu être numérisées, notamment par manque de moyens. Le défrichage a réclamé de nombreux mois de travail et dans le dédale des 18 000 négatifs scannés, c’est le talent de portraitiste de Vano qui s’est révélé.

Capable d’établir un contact basé sur la confiance avec des modèles venus pour une photo d’identité ou une photo souvenir, Vano se montre un excellent technicien, nous offrant par exemple de somptueux clairs-obscurs. Au fil de ses clichés, la lumière est omniprésente. Éloquente, dans ses compositions léchées, où l’on sent qu'il a fait une école de photographie. Éclatante, quand elle sert sa fantaisie frondeuse, lorsqu’il joue avec les points de fuite ou les diagonales, pour donner jour à un cliché qui quitte d’un coup un formalisme de bon aloi. La lumière encore, dans les yeux de ses modèles, brille comme celle qui éclaire le visage de Vano lorsqu’il parle de sa carrière, de la photographie qui a occupé toute la place et à qui il a toujours été fidèle.

 

Vano, c’est ensuite un photographe de commande qui couvre événements, inaugurations et visites officielles. Son professionnalisme est patent. Là encore, le cliché est juste et saisit l’essence de l’époque, la grandiloquence parfois amusante d’un moment protocolaire. Vano ne lâche jamais son appareil. Les scènes de rues, prises ça et là, évoquent Doisneau, qu’il admirait pour sa capacité à saisir l’instant avec tendresse, un trait qu’il partage avec ce photographe qu’il cite comme son inspiration principale. Et cette tendresse se transforme en nostalgie lorsque quelques années après nous regardons ses clichés. Vano, à notre sens, a tout donné à la photo. Fidèle et généreux avec elle, il l’aime et l’aimera jusqu’au bout. C’est à son talent que nous souhaitions rendre hommage, en contribuant dans le même temps à la préservation d’un patrimoine exceptionnel, qui retrace par touches une histoire partielle, subjective, et qui mérite d’être connue : la nôtre.

 

Karl Joseph

Directeur Artistique

 

......................................................................................................................

Rencontres Photographiques de Guyane 2015 I Tous droits réservés